Elle m'avait fait ce récit tout d'un trait, avec une grande facilité de langage, et du ton le plus naturel, le mieux senti.

A partir de ce moment, je pris d'elle une toute autre opinion que celle que j'en avais conçue d'abord. La reine Pomaré disparaissait, et, à sa place, je voyais une pauvre fille, encore plus malheureuse que moi.

Il n'était pas jusqu'à ce doux nom de Lise qui avait pour moi je ne sais quelle mystérieuse sympathie. Quand on n'a pas de famille, on s'en fait une avec les infortunes et les amitiés qu'on rencontre sur son chemin.

Je pris congé de Lise, convaincue qu'elle avait des éclairs de folie, mais sentant que je l'avais prise en grande affection.

Ma liaison avec Adolphe allait chaque jour se refroidissant. Ses premiers dédains avaient tué mon amour pour lui, et le goût très-vif qu'il avait paru, depuis, éprouver pour moi, n'avait pu faire renaître cet amour.

Adolphe était loin d'être une nature vulgaire. Il avait de l'esprit; il était brave comme son épée et un peu querelleur; mais il était léger en amour, et n'avait pas dans le cœur cette fièvre de passion, ou ce charme de sensibilité qui peuvent captiver longtemps une femme lancée dans le tourbillon où je m'étais jetée.

Mes visites à Versailles devenaient de plus en plus rares.

Il essaya quelque temps de combattre les progrès de mon indifférence; mais quand il vit qu'il n'y avait plus de ressources, il prit une résolution devant laquelle il avait hésité jusqu'alors, bien qu'elle dût servir à son avancement, et il s'attacha en qualité de chirurgien à un régiment qui quittait Paris.

L'amitié me consolait des vacances de l'amour. La société qui me plaisait le plus était celle de Lise, dont l'intelligence fantasque avait véritablement quelque chose d'entraînant. Pourtant, elle avait à mes yeux un grand inconvénient, celui d'être intimement liée avec une petite femme, qu'on appela, quelques jours plus tard, Rose Pompon.

Cette petite femme avait une figure charmante, une tournure affreuse; elle parlait à tort et à travers, vous crachait au visage en parlant et s'habillait comme un fagot. Elle était avare, mais avare, avare à tondre un œuf. Jugez-en: elle était enceinte; Pomaré lui envoya un médecin, fit baptiser l'enfant, acheta la layette; elle vendait ses effets pour l'obliger quand elle n'avait pas d'argent, car Pompon se disait sans ressources. Elle sortit au bout de dix jours. Pomaré voulut, en son absence, chercher quelque chose dans un meuble; qu'est-ce qu'elle trouva, caché dans des bas? Dix louis en or et quelques bijoux, que l'adroite Pompon avait soigneusement mis en réserve.