Je crus qu'il reposait. Je priai la Vierge-Mère de mettre fin à ses souffrances, en lui sauvant la vie, ou de me prendre, plutôt que de le torturer ainsi. Je n'avais plus la force de le voir souffrir.

J'attendis longtemps son réveil; je le soulevai, il était raide de froid. Je le laissais tomber, puis, je le reprenais dans mes bras, sans pouvoir verser une larme:

—Malheureuse! me disais-je, c'est toi qui l'as tué!... Est-ce que tes prières montent en haut?

Et je courus dans les escaliers en criant que je voulais un médecin, que mon enfant ne pouvait pas être mort sans moi.

On parvint à me prendre le cadavre de ce pauvre petit ange. Un des jeunes gens de ta maison paya les frais d'enterrement.

Je suivis mon fils à Montparnasse. Je fis mettre sur sa bière une marque, pour le faire tirer de la fosse commune quand j'aurais de quoi lui acheter une croix et un entourage.

Je passai quinze jours, désolée, folle; je ne remontais plus dans la chambre où il était mort; chacun me donnait l'hospitalité.

—Allons! me dit un brave garçon, vous ne pouvez rester comme cela; venez vous distraire.

Ils me firent dîner, boire et m'emmenèrent à Mabille.

C'est le premier jour que vous m'avez vue avec une robe de laine noire. Il me fallait de l'argent pour retourner là-bas... à Montparnasse. J'en ai, et je suis heureuse. Je ne crains plus qu'une chose, c'est de rencontrer mon père: il me tuerait, et je prends un goût énorme pour la vie; je suis fière de moi. Dans quelque temps, je serai riche; je suis déjà à la mode...