Nous étions en hiver; il faisait froid. Un de ces jeunes gens eut pitié de moi et me donna une couverture de son lit.
Je tombai malade; je ne quittai plus mon grenier.
Le même jeune homme, qui m'avait donné une couverture, m'apportait quelques petites choses qu'il prenait à table d'hôte. J'ai souvent souffert de la faim; cependant, je n'osais pas me plaindre, tant j'avais peur qu'on me renvoyât.
Le temps de ma délivrance approchait; je fus à la Maternité. J'étais maigre et exténuée de privations. On me demanda si je garderais mon enfant. Cette question me parut insensée. Est-ce que l'on demande à une mère si elle gardera son enfant?
Après d'affreuses souffrances, je fus délivrée; j'avais donné le jour à un garçon. Je demandai pardon à Dieu de sa naissance; je le suppliai de lui conserver la vie et de prendre la mienne. Il était si délicat, le pauvre ange, que j'écoutais toujours s'il respirait.
On voulait m'empêcher de le nourrir, mais je n'écoutais rien. Le temps était venu où il fallait sortir de la Maternité; on me donna un peu d'argent, une layette, et je partis avec mon trésor dans mes bras.
J'arrivai à l'hôtel. On ne me reçut pas trop mal. Je repris mon trou; je travaillai un peu. Mon pauvre enfant était bien pâle; il avait dix mois, il me souriait, me tendait ses petites mains; je me trouvais heureuse. Ce bonheur, je ne l'avais pas mérité; aussi, fut-il bien court.
Les convulsions, cette terreur de toutes les mères, les convulsions mirent la vie de mon enfant en danger.
J'avais beau le serrer sur mon cœur, ses petits membres se tordaient, sa figure devenait bleuâtre; je le couvrais de baisers, je le réchauffais de mon haleine, je lui disais, les mains jointes: «Tais-toi! tes cris me font mourir!» et je priais. Il se détendait et reposait quelques heures; puis, les convulsions revenaient, plus horribles.
Huit jours s'étaient passés dans cette lutte affreuse; il lui prit une crise, il se détendit...