Je rentrai chez mon père; il me sembla voir tout le monde lire sur mon front.
Je me retirai dans ma chambre pour écrire; je vis ma sainte Vierge: je lui demandai pardon de la pensée de suicide que j'avais eue; je lui promis de vivre pour mon châtiment et pour la pauvre petite créature que je portais dans mon sein.
Je fis un paquet, j'embrassai mes frères et sœurs et je partis désespérée. Je n'osais pas me retourner; il me semblait entendre derrière moi les pas de mon père. Je marchai, ou plutôt je courus longtemps.
Je vis un beau jardin: j'étais au Luxembourg; j'entrai dans une petite rue étroite, déserte; je lus: Maison meublée. Je m'adressai à la maîtresse de cet hôtel et je demandai un petit cabinet; on ne voulut pas me louer; d'ailleurs, je n'avais pas d'argent.
Je racontai ma position à cette femme, et je la priai tant, qu'elle finit par s'attendrir. Elle parut surtout touchée quand je l'eus assurée que je ne resterais pas longtemps dans sa maison, parce que j'allais entrer à l'hospice.
On me mit dans un grenier.
Je demandai où l'on recevait les femmes en couche; on m'indiqua la Maternité. J'y fus; mais on me répondit qu'on ne prenait les femmes que quinze jours avant d'accoucher. Que faire jusque-là? Je n'étais grosse que de trois mois; comment attendre six mois?
L'idée du suicide me revint, et je priai Dieu avec ferveur de me débarrasser de la vie.
Je vendis tous mes effets petit à petit. Quand je n'eus plus rien, je demandai de l'ouvrage dans la maison; on me fit raccommoder le linge, aider à faire les ménages. Il y avait beaucoup d'étudiants. J'étais jolie; du moins, ils me le disaient.
La femme chez laquelle je logeais était avare; elle m'aurait fait travailler quinze heures par jour pour un morceau de pain. J'avais grand appétit; je tâchais d'avoir un repas chez l'un, un déjeuner chez l'autre. C'était une horrible existence, ma chère Céleste!