—Que parlez-vous, ma chère, de vous sauver? Vous ne pouvez abandonner toutes vos affaires. Que risquez-vous d'essayer? Il ne vous tuera pas devant moi. Nous sommes porte à porte; quand on parle haut chez vous, j'entends. Avec cet argent qu'il vous offre, vous payerez ce que vous devez encore sur vos meubles; vous en garderez une partie en cas de besoin ou de malheur.

Ma mère poussa un cri plutôt qu'un soupir.

—Vous ne voyez donc pas, s'écriait-elle hors d'elle-même, que l'idée de revoir cet homme me rend folle, que s'il entre dans ma chambre je me jetterai par la fenêtre.

M. Raoul prit un air sérieux, presque dur, et lui dit:

—Vous trouvez là un joli moyen d'arranger les choses! Et votre fille, madame, la jetterez-vous aussi par la fenêtre?

Ma mère se laissa tomber sur sa chaise, en se tordant les bras. Je courus près d'elle. Je ne pouvais rien dire à cette grande douleur. Elle suffoquait. Enfin les larmes lui vinrent avec abondance, et elle dit en joignant les mains:

—Mon Dieu! mon Dieu! vous m'abandonnez!

Je fis un grand effort, car j'avais plus peur qu'elle, et je lui dis en l'embrassant:

—Puisqu'il assure qu'il ne nous fera plus de mal, essaye, maman; ici nous ne courons aucun danger.

Elle secoua tristement la tête et demanda à M. Raoul: