—Que me voulez-vous?
—Mais, dit-il, un peu décontenancé par cette demande, je veux faire la paix avec toi; je veux que tu oubliés le passé. Je te rendrai heureuse; je te le jure devant monsieur. Tu verras comme je te dédommagerai de tout ce que tu as souffert. Viens m'embrasser, Céleste, viens!
Il va sans dire que je ne fis pas un mouvement. Ma mère réfléchit, puis, comme si elle venait de prendre un parti, elle se pencha vers moi.
—Va, Céleste, murmura-t-elle, va embrasser ton beau-père.
Elle avait compris qu'elle ne pouvait faire autrement: G... la tenait; que si elle lui arrachait son masque de bonhomie, il allait redevenir lui-même, et que mieux valait encore avoir l'air de le croire. Puis, me poussant vers lui, elle me dit:
—Va donc, il ne te fera rien. Voyez, monsieur Raoul, ma fille ne peut vaincre sa frayeur, c'est que lorsqu'il l'appelait, sous prétexte de l'embrasser ou de lui donner quelque chose, il lui donnait des coups de pied dans les os des jambes au point qu'elle en avait des marques noires comme de l'encre. Ou bien il lui tirait ses nattes si fort que, quand je la peignais, ses cheveux me restaient à poignées dans les mains. Si elle pleurait, et que j'eusse l'audace de la défendre, il me maltraitait. «Tu aimes mieux, me disait-il, ta bâtarde que moi; je la tuerai: je sais donner des coups qui ne se voient pas.» Vous comprenez, n'est-ce pas? que cette enfant ait peur.
G... ne répondit rien, mais il grimaça un sourire qui cachait l'intention d'une morsure. Raoul le regarda tout ému. Il avait l'air de lui dire: Est-ce possible?
—Tu exagères, Jeanne, dit G... à ma mère, mais je te ferai tout oublier.
Le lendemain, il était installé dans notre chambre. Nous n'eûmes à nous plaindre d'aucun mauvais procédé. Il faisait semblant d'être heureux. Il avait apporté des malles qui nous gênaient. M. Raoul nous donna un grenier, dont la porte était en face de la nôtre sur le carré. Ce grenier formait la pente du toit.
La maison n'avait que deux étages, et nous étions au second.