Nous vîmes un malheureux sauter par la fenêtre pour se sauver. Il se cassa la jambe en tombant, ne put se relever, et fut étouffé par la foule qui le piétinait.
Tout d'un coup, une grande rumeur éclata parmi cette masse d'hommes accumulés sur un seul point. Nous la vîmes fuir dans toutes les directions. La troupe arrivait à l'autre bout du quai. Le quai était devenu désert, sans qu'il fût possible de deviner où ceux qui le couvraient avaient cherché un refuge. Personne n'avait ouvert sa porte pour abriter les incendiaires, qui riaient en voyant leur œuvre de destruction.
Mais c'était une fausse alerte; nous entendîmes le pas régulier des chevaux de cavalerie, qui s'éloignaient en laissant après eux un nuage de poussière.
Le nuage dissipé, et quelques secondes à peine écoulées, nous revîmes tout dans le même état qu'auparavant. Le flot noirâtre s'était reformé plus menaçant, plus terrible qu'auparavant.
Les plus exaltés, prévoyant bien par le départ de la cavalerie qu'ils étaient tranquilles pour quelques minutes, mirent à profit le temps qui leur restait avant l'arrivée de nouvelles troupes. Alors, toutes les portes furent enfoncées, toutes les maisons envahies.
—Des armes, des armes! criait-on; et on les prenait de force à ceux qui ne voulaient pas les donner.
Notre porte s'ouvrit, et l'on nous fit la même demande.
—Vous voyez bien, dit ma mère à l'homme qui lui parlait, que nous sommes trop pauvres pour avoir des armes.
—Rien à faire ici, il n'y a que des femmes... Et vous, mon vieux, avez-vous un fusil?...
Ceci s'adressait à Raoul.