De là toutes ses bontés pour moi. Mon instinct d'enfant ne m'avait point trompée. Dans son désir de me complaire, M. G... était guidé par son intérêt.

Il était ingénieur-mécanicien et très-habile ouvrier. Il avait une maison dans son pays. Tout le monde disait du bien de lui. Le mariage fut arrêté et conclu en deux mois.

Il n'y avait pas six jours que ma mère était mariée, que vingt personnes vinrent demander de l'argent. G... était criblé de dettes.

Tous ces braves gens dirent à ma mère:

—Vous avez épousé un scélérat: s'il ne nous avait pas dû de l'argent, nous vous aurions avertie, mais il nous menaçait en nous disant que, si nous l'empêchions de se marier, il ne nous payerait jamais.

Ma mère pleurait. Pour un oui, pour un non, il me rouait de coups. Notre vie n'était plus qu'une suite de scènes violentes.

Tout prit une autre tournure dans la maison, et au bout d'un an tout fut mangé. Ma mère attaqua son mari en séparation. La preuve de ce qu'il nous faisait souffrir ne manquait pas; mais la justice dit toujours aux femmes malheureuses:

—Prenez patience; votre mari promet de ne plus vous battre.

Des amis s'en mêlèrent et on les raccommoda. De nouvelles scènes éclataient. On les raccommodait encore. Lui ne voulait pas se séparer.

Ma mère était si courageuse! elle travaillait pour deux; et puis mon grand père était riche. G... convoitait sa succession.