Notre jeune protecteur nous avait conduites au poste et recommandées à l'officier qui le commandait. Comme j'avais été arrachée de mon lit, toute nue, on avait envoyé quatre hommes chez mon beau-père demander de quoi me vêtir.

Les soldats trouvèrent une femme dans la chambre de ma mère. Voilà pourquoi G... nous avait jetées dehors.

On les arrêta tous les deux, et on les mit dans le violon du poste où nous nous étions réfugiées.

G... voulait se jeter sur nous, mais on faisait bonne garde.

—Je les tuerai toutes les deux! criait-il en écumant de rage.

—En attendant, dit l'officier, je vais vous envoyer à la Préfecture de police, pour un bon bout de temps.

Quand le jour parut, ma mère, qui ne pouvait marcher, fut placée ainsi que moi sur un brancard, et on nous porta toutes les deux chez le commissaire de police, qui envoya M. G... en prison, et qui fit conduire ma mère à l'Hôtel-Dieu.

—Tranquillisez-vous, madame, avait-il dit à maman; je vais vous donner un certificat pour que vous puissiez garder votre enfant près de vous. Votre mari ne sortira pas de sitôt, et si j'ai un conseil à vous donner, aussitôt que vous serez guérie, quittez Paris, allez-vous-en le plus loin possible avec votre enfant, car cet homme pourrait vous faire un mauvais parti.

La convalescence de ma mère fut longue. Il lui vint un dépôt et à la suite de ce dépôt un érysipèle.

La pauvre femme craignait la guérison plus que la douleur. Quant à moi, avec l'étourderie de mon âge, je me trouvais très-bien à l'hospice. En un mois de temps, j'étais devenue grasse, fraîche, bien portante. Tout le monde me chérissait. C'était à qui me trouverait jolie! C'était à qui répéterait que j'avais un esprit incroyable pour mon âge. J'avoue que j'aspirais déjà ces éloges avec bonheur. Ma mère commençait à se trouver mieux; il fallait qu'elle songeât à nous assurer une retraite sûre.