Il me déplaisait si fort, que je n'entrais jamais sans demander s'il était là, afin de l'éviter.

Il s'aperçut de mon antipathie et cherchait tous les moyens de me rencontrer pour me taquiner.

Ainsi, quand il donnait un dîner, on m'invitait en me cachant sa présence; nous nous querellions toute la soirée.

Il se vantait de n'avoir jamais aimé, de traiter les femmes à la hussarde. On dit que l'amour se présente souvent en tenant la haine par la main. C'est ce qui arriva.

Il buvait moins devant moi, il devenait presque aimable; on le plaisantait beaucoup, mais cela prenait assez de force pour dompter la raillerie.

Un jour, ma mère me dit:

—Tu devrais t'établir, j'aurais soin de ta maison; cela te ferait une position; je pourrais rester près de toi sans t'être à charge.

Cette idée me sourit: je donnai congé; ma mère chercha une boutique et en trouva une, rue Geoffroy-Marie, no 2.

Je louai un logement au no 5, presque en face.

Pendant que nous nous occupions de nos préparatifs, je reçus une lettre de la Haye; elle était du baron, que m'avait envoyé ma fausse sœur. Il avait cessé ses rapports d'amitié avec moi parce que son service auprès du roi l'avait rappelé en Hollande.