J'étais en contravention: on aurait eu le droit de m'arrêter partout où l'on m'aurait trouvée. J'étais dans cette position de ne marcher qu'en tremblant. Je ne passais jamais sur les boulevards; le quartier Montmartre étant rempli de femmes, la surveillance y était plus active qu'ailleurs.

Chaque fois qu'un homme me regardait, je croyais voir un inspecteur; je courais de toutes mes forces, mon cœur battait. Cette vie, toujours dominée par le sentiment de la peur, était atroce; je n'osais sortir à pied la nuit.

Un soir, on me vola ma montre. J'y tenais beaucoup; du jour où je l'avais eue, je me croyais en possession des richesses du Pérou: eh bien! dans la crainte d'être obligée de dire mon nom, je n'osai faire ma déclaration.

En entrant à Beaumarchais, je m'étais crue sauvée. Je m'imaginais que j'allais avoir un état, gagner de l'argent: c'était encore une illusion.

On m'avait reçue à bras ouverts; on me faisait jouer et danser tous les soirs, mais... on ne me donnait pas d'appointements.

Je demandai si cela irait ainsi longtemps? On me répondit que non, que le théâtre allait fermer.

Ce fut pour moi comme un véritable coup de foudre. La misère, à laquelle je me flattais d'avoir échappé, allait revenir, plus menaçante, frapper à ma porte.

Un hasard me tira de ce mauvais pas.

Un jour où je me sentais encore plus triste qu'à l'ordinaire, le désœuvrement conduisit mes pas chez une marchande à la toilette de ma connaissance, qui demeurait faubourg du Temple, no 16.

Le malheur rend communicatif; je lui racontai mes peines.