Il y avait chez elle un homme âgé, les cheveux gris, l'œil enfoncé, le nez courbé, des lunettes d'argent, des diamants plein les doigts, grand, maigre, mais bien droit et l'air vigoureux. C'était le propriétaire de la maison.

Ce monsieur paraissait m'écouter avec intérêt, et me regardait surtout avec une attention dont je me demandais la cause, sans la deviner.

—Je crois, mademoiselle, me dit-il, après m'avoir bien considérée, que je suis à même de vous offrir un emploi plus avantageux que celui que vous allez perdre à Beaumarchais; je cherche des écuyères pour l'Hippodrome. Il nous faut des femmes jeunes et élégantes.

—Oh! me dit Mme Alphonse, voilà votre affaire. Vous avez de l'adresse et du courage, vous apprendrez bien vite à monter à cheval. On va ouvrir un hippodrome magnifique, barrière de l'Étoile; vous serez bien payée.

Je demandai combien je gagnerais.

—Cela dépendra de vos dispositions et de ce que vous saurez faire. Dès à présent, je puis vous donner cent francs par mois, et je vous montrerai moi-même.

—Ma foi! dis-je, c'est bien tentant; et vous me ferez un engagement?

—Tout de suite, si vous voulez.

—Je préférerais le théâtre; mais gagner cent francs par mois! cela vaut la peine d'y songer... D'ailleurs, je vous préviens que je mettrai tant d'ardeur que vous serez forcé de m'augmenter l'année prochaine. Eh bien! j'ai réfléchi: c'est fait. A quand ma première leçon?

—La semaine prochaine, si vous voulez. Dès demain, je vous présenterai à mon fils.