La salle est singulière: il n'y a pas de loge dans ce théâtre; une galerie séparée à plusieurs endroits pour les chambellans, les dames, le roi. Les personnes les plus considérables de la ville vont aux stalles d'orchestre. Je fis la moue, quand on me désigna mes places.
Mon chapeau blanc occupait beaucoup les jeunes gens placés au balcon: ils voulaient connaître la figure qui était sous ce chapeau; plusieurs vinrent à la porte de l'orchestre. J'étais entrée d'une façon majestueuse; je gardai un air digne.
Hélas! j'avais compté sans les embarras de ma célébrité. Dans l'entr'acte, deux curieux vinrent se placer presque en face de moi.
—Ah! ce n'est pas possible! dit l'un; mais si, c'est elle, c'est Mogador!
—Allons donc! dit l'autre.
—J'en suis sûr, reprit le premier; je la connais, je l'ai assez vue à l'Hippodrome; tu vas voir.
Ils partirent tous deux, mais revinrent avec du renfort.
Il me prit une envie de loucher épouvantable.
—Vous vous serez trompé, disait un nouveau venu.
—Non, non, disait mon délateur, je la reconnais bien; elle est un peu grêlée, c'est bien elle; d'ailleurs, le baron peut nous mettre d'accord.