Heureusement le rideau se leva; ils n'osèrent plus redescendre. J'avais été très-vexée; maintenant j'avais une envie de rire qui m'étranglait.

Maître Basile entra à propos, je pus me livrer impunément à ma gaieté. Ils avaient fait une si drôle de figure, je les avais regardés avec un si grand air d'indignation quand ils m'avaient appliqué le nom de Mogador, que je n'osais plus tourner la tête et que j'étais à l'avance très-embarrassée de ma sortie.

La pièce n'était pas finie, que je quittais ma place. J'espérais ainsi gagner mon hôtel, je demeurais à la porte; mais ils avaient quitté leurs places en même temps que moi, et ils étaient rangés dans le couloir.

Je vis le baron sur la porte; il me tourna le dos en me faisant signe de monter dans une voiture qui se trouvait ouverte au perron; un homme me poussa; j'entendis parler au cocher sans comprendre; nous partîmes à fond de train. Nous marchions depuis longtemps; je commençais à m'inquiéter, car je devais être arrivée depuis une demi-heure.

Je voulus parler au cocher, il ne comprenait pas; il redoubla de vitesse. Je voyais les arbres, la rivière.

Je compris que j'étais perdue: il m'entraînait dans un bois. J'étais bien mise; il me croyait riche: il allait me voler et me tuer.

Je demandai pardon à ma domestique d'avoir ainsi exposé ses jours.

Je ne sais si c'est la course ou la peur qui me portait sur les nerfs, mais je me mis à pleurer. Ma bonne m'accompagna dans un autre ton; c'était à fendre les oreilles.

La voiture s'arrêta, je reconnus l'hôtel.

—Le maladroit! dis-je en descendant, il s'était perdu.