—Non, me dit le baron, qui m'attendait à la porte; c'est moi qui lui ai commandé de faire un grand détour; sans cela on vous aurait suivie. Je ne veux pas qu'on sache où vous demeurez. Bonsoir, à demain. Ne sortez pas, ne vous mettez pas à la fenêtre!

—Ah! mais je suis donc en prison ici?

—Ce que je vous dis est dans votre intérêt. Une de vos compatriotes, Mlle Hermance, sous prétexte qu'on s'occupait trop d'elle, vient d'être renvoyée en France.

—On n'est guère hospitalier dans ce pays; je pars demain.

—Non, restez encore quelques jours. Les routes sont impraticables.

Restée seule, je ne trouvai qu'une distraction: rougir mon poêle, ouvrir la fenêtre pour ne pas griller, puis me coucher et dormir. Dormir! était-ce possible? ma bonne ronflait comme un roulement de tambours.

Je me levai de bonne heure, je cherchai à me distraire: ce fut en vain, et je gagnai quatre heures avec force bâillements. Je me détendais à me rompre les fibres, quand j'entendis plusieurs voix qui causaient en montant.

Je restai les bras en l'air; on disait mon nom. Je crus que le baron me faisait une galanterie, qu'il m'amenait de ses amis. J'allai ouvrir; je vis cinq jeunes gens, mais pas de baron. Je poussai vite ma porte. Il était trop tard; ils m'avaient bien vue. J'écoutai, ils parlaient de moi. L'un disait:

—Je savais bien qu'elle devait loger ici.

Une porte à côté de la mienne s'ouvrit; c'était un salon où ils venaient dîner. Ils frappèrent au mur, me chantèrent des chansons faites sur moi, ou qu'ils improvisèrent, enfin ils firent les diables!