J'avais économisé un peu d'argent, mais cela ne suffisait pas. Je vendis mes bijoux, des cachemires; je payai toutes mes petites dettes, voulant rompre avec tous ces marchands qui s'accrochent à vous, et qui profitent de votre position, de votre désordre pour vous vendre six fois plus cher que la valeur des objets.
Je ne voulais pas devenir une vertu farouche, mais je voulais quitter cette servitude du plaisir des autres; je voulais ne rire que quand j'en aurais envie et pour mon plaisir à moi; vivre avec économie, avec gêne, s'il le fallait, pour être heureuse du bien qui pourrait m'arriver.
Je me rappelais les dimanches de mon enfance, qui, sans avoir été trop heureux, étaient des fêtes. Je me rappelais la robe de ma première communion, que j'avais mise jusqu'à ce que la taille me vînt sous les bras, et que je trouvais admirable, parce que je n'en avais pas d'autre pour m'habiller.
Dans ce temps-là, je regardais le ciel quatre jours à l'avance pour savoir s'il pleuvrait. Ce n'est pas l'habitude des désœuvrés du grand monde.
L'abus des plaisirs use la vie, l'intelligence; on devient insensible à tout, et surtout aux choses simples.
La gaieté naïve, qui est la meilleure, vous est insupportable. Voyez plutôt. Qu'est-ce que c'est que le dimanche pour la plupart des gens riches? Un jour d'ennui.
Ce jour-là, les badauds s'amusent; il est de bon ton de ne pas faire comme eux.
On va à la campagne; on cherche quelque endroit désert, moins par enthousiasme pour la nature que par dédain de la ville endimanchée et de la banlieue en goguettes.
Cependant, mes belles dames et mes beaux messieurs, ces badauds, dont vous vous moquez, sont gais à peu de frais, et souvent leur gaieté vaut mieux que la vôtre.
Regardez ces promeneurs qui reviennent le dimanche soir; ils ont fait quatre lieues dans la campagne pour ramasser une branche de groseillier, un bouquet de fleurs des champs.