Nous avions plusieurs ouvrières. Une venant à nous manquer, ma mère me pria d'aller chez une femme qui s'était présentée, et qui avait indiqué son adresse rue Coquenard.
Je mis un châle, un chapeau, un voile, et je partis par le faubourg Montmartre.
Je marchais lentement, quelque chose d'invisible semblait m'attirer en arrière; je me retournais comme si je cherchais quelqu'un. J'eus envie deux fois de revenir; enfin je touchais le coin de la rue. J'entendis un bruit sourd, plusieurs voix crier, et je vis tout le monde courir. J'avançai; plusieurs personnes entouraient quelque chose à terre.
Je courus, j'écartai des deux mains; on ramassait une femme. Je poussai un cri affreux; je pris la main qu'elle me tendait, qui s'accrocha à la mienne; ses cheveux blonds s'étaient dénoués et lui cachaient une partie de la figure; je les écartai de la main gauche; ses beaux yeux, jadis si brillants, se ternirent comme glacés sous mon haleine.
—Adieu! murmura-t-elle; et sa main me serra plus fort.
—Marie! criai-je en l'embrassant, Marie! reviens à toi... Mon Dieu! quel malheur! Elle n'est pas morte, n'est-ce pas? elle va revenir?...
Un monsieur âgé, qui lui touchait le front, me répondit en ôtant son chapeau:
—Tout est fini!
Je me sentis une déchirure au cœur qui fit passage à un torrent de larmes.
On la remonta dans sa chambre; c'était une mansarde garnie; je suivais ce triste cortége. Elle n'avait laissé qu'une lettre et priait qu'on la remit à son adresse, sans l'ouvrir.