J'avais retenu une fille de Nantes, nommée Marie; elle était petite, avait les yeux gris-chat, un nez gros et un air bête qui n'était pas trompeur. On m'en avait dit grand bien; elle était bonne et honnête.
J'avais alors une jolie petite chienne blanche tachée de noir, que j'avais élevée; elle était gaie, aimante; j'y tenais beaucoup.
Je craignais de la perdre par la maladie, car elle toussait.
Une ouvrière me conseilla de lui donner une poudre affichée dans tout Paris comme préservant de la maladie; je la priai de m'en apporter, et le lendemain je fis prendre à ma petite chienne la dose qu'on m'avait désignée. J'avais dit d'enfermer la chienne dans la cuisine. Au bout d'une heure, j'entendis des plaintes, comme celles d'un enfant.
J'étais accourue dans ma chambre; je pensais que cela venait de chez quelque voisin.
Bientôt ce ne furent plus des plaintes, mais des cris, des gémissements lamentables.
On venait d'ouvrir la cuisine. J'entendis Marie défendre à la chienne de sortir; la pauvre bête passa entre ses jambes et vint tomber à ma porte; j'entendis geindre plus près, j'ouvris et je vis ma pauvre Blanchette couchée en travers. Une bave blanche lui sortait de la gueule; ses yeux étaient ternes; elle remua un peu sa queue en me voyant, voulut se lever pour venir près de moi: à peine relevée, elle retombait; elle tendit une dernière fois ses pattes et tomba morte à mes pieds, sa langue sur ma main.
Cela me fit une véritable peine. Peut-être est-ce une honte de pleurer un chien, mais j'avoue que je fondis en larmes.
J'avais empoisonné cette pauvre bête avec une trop forte dose.
J'ai toujours été superstitieuse. La mort de ma chienne n'était pas seulement un chagrin; cela me parut un mauvais présage. Mon logement ne me plaisait plus; j'y étais toute triste.