Quand je revins à moi, j'étais sur mon lit; ma chambre était pleine de monde; deux hommes me frottaient les bras, deux autres les jambes, cela si fort que je croyais être brûlée. Je regardais, les yeux à moitié ouverts. Les douleurs que j'avais dans la tête me firent croire que j'étais folle et que tout ce que je voyais n'était que des ombres; la souffrance était trop grande pour que je pusse douter longtemps.
—Elle est sauvée, disait le coiffeur, dont la boutique était voisine de notre maison, et qui, un des premiers, m'avait porté secours.
—Sauvée! de quoi donc? demandai-je.
Ma mère était près de mon lit.
Tout me revint à la mémoire, jusqu'aux menaces de la police...
Je me mis à pleurer, à me débattre; je voulais recommencer; je reprochais à tout le monde d'être venu me secourir.
Les deux médecins déclarèrent que j'avais le délire, et qu'il ne fallait pas me perdre de vue une minute.
Ma mère crut remarquer que sa présence m'irritait; elle me laissa: Vincent sans doute l'attendait. Ce fut Marie qui me veilla.
—Comment donc m'a-t-on sauvée? lui demandai-je, étonnée d'être vivante, après avoir tant souffert.
—Ah! sans moi, madame, vous étiez bien perdue. Vous m'aviez donné une commission; il faisait si vilain temps que j'ai pris l'omnibus pour aller et revenir. Je n'ai pas trouvé la personne chez qui vous m'envoyiez; je suis revenue pour vous le dire. Je ne vous ai pas vue dans votre chambre, je vous ai cru sortie; j'ai été dans la cuisine et j'ai vu dans ma chambre tant de fumée que je craignais qu'il n'y eût le feu. J'avais voulu entrer; quelque chose tenait la porte fermée: c'était vous qui étiez tombée derrière. Je n'osais pousser: votre figure était juste sur l'ouverture. Je vous ai crue morte; j'ai appelé au secours. On vous a mise sur votre lit; vous êtes restée trois heures sans donner signe de vie. Le feu avait pris dans le cabinet; le parquet en était tout brûlé.