Je m'assis sur le lit; je demandai pardon à Dieu et à tous ceux à qui j'avais pu faire de la peine, et j'attendis, calme, comme si j'étais sûre de la miséricorde divine... Je me couchai.

Le brasier était derrière ma tête; je ne le regardai pas, mais je voyais s'élever au-dessus de moi un rayon diaphane qui se baissait, attiré par mon haleine: c'était la mort. Je respirais à pleins poumons; je ne souffrais pas encore.

«Oh! me disais-je, si je n'allais pas mourir, demain je serais arrêtée!»

Je n'avais peut-être pas mis assez de charbon.

Je me levai: je sentis mon corps se balancer malgré moi; je m'appuyai au lit avec un sentiment de joie; je me mis à genoux pour remettre du charbon: la flamme bleuâtre m'attira; je restai en extase, les yeux fixés, la bouche ouverte. Je me sentis vaciller comme le battant d'une cloche; j'eus peur de tomber la tête dans le feu: je me traînai en arrière...

A ce mouvement, un cercle de fer m'entoura le front; le feu semblait être dans ma poitrine... Je portai les mains sur ces deux douleurs pour en apaiser les déchirements. Ma vue se troubla. Je voulais crier; ma langue, ma gorge étaient enflées. Je me levai à force d'efforts, les deux mains appuyées sur une table; je me regardai dans un petit miroir.

Horreur! ma tête était enflée, les veines de mon front gonflées, les artères de mon cou nouées comme des cordes, mes lèvres bleues, mes cheveux hérissés!...

Alors commença une lutte épouvantable: la mort me fit peur. Je voulais appeler au secours, la voix me manqua; je voulais me sauver, les forces s'y refusèrent...

Je me traînais à terre; je n'y voyais plus... Enfin, je sentis la porte, je me redressai, pour retomber comme une masse; j'avais souffert tout ce qu'il y a à souffrir pour mourir...

Rien ne peut peindre cette agonie; elle est surtout affreuse pour les personnes nerveuses, qui se débattent toujours à la fin et cherchent à se sauver.