Cela ne me suffisait pas; il fallait absolument que Marie sortît. Je mis un morceau de papier blanc sous enveloppe, avec un nom supposé sur l'enveloppe.

—J'ai besoin que vous portiez cela avenue de Saint-Cloud, dis-je à Marie.

Je savais que sa payse était aux Champs-Élysées; elle profiterait de l'occasion pour aller la voir, et elle y resterait assez de temps pour que je pusse mettre mon projet à exécution.

Je lui donnai donc ma commission, avec ordre de partir de suite. Je la rappelai dans l'escalier pour lui dire que je sortais et qu'elle pouvait rester chez ses amis jusqu'à onze heures.

Ma porte fermée, j'étais seule, libre; j'en sentis une vraie joie.

J'entrai dans la chambre de Marie; j'enlevai toutes ses affaires, que je plaçai dans la mienne; je mis des draps blancs dans son petit lit de fer. J'allai à la cuisine; je regardai sous le fourneau: il n'y avait que quelques morceaux de charbon. Je vis avec attendrissement le panier de ma petite chienne... je pensai que la maison ne m'avait pas porté bonheur.

On portait, à cette époque, de grandes pelisses, comme cette année; j'en avais une en soie noire, je la mis; je descendis, tremblant de rencontrer quelqu'un qui pût apporter une minute de retard à mon projet.

Le pavé était glissant, le ciel sombre; les boutiques étaient fermées en partie. Je fus un moment inquiète, mais je respirai quand je vis celle du faïencier ouverte. J'achetai deux fourneaux en terre, que je montai chez moi, les cachant comme si j'emportais un trésor. Je retournai à la provision du charbon; j'allumai les deux fourneaux dans la chambre de Marie; je m'y enfermai, calfeutrant les fenêtres et les plus petites ouvertures; j'entendais le craquement du charbon qui s'allumait et qui semblait me dire:

«Hâte toi, fais ta prière!»

J'avais bouché jusqu'au trou de la serrure.