—C'est moi; pardon de t'avoir réveillée; mais ton sommeil paraissait pénible.

—Ah! ma chère Céleste, je sais que tu es venue bien des fois; j'aurais dû aller chez toi, je n'en ai pas eu le courage: je suis brisée. Tu n'as pas pensé que j'avais volé, n'est-ce pas? me dit-elle avec des yeux égarés et en me secouant le bras.

—Non, puisque je suis là. Mais conte-moi ce qui s'est passé, car c'est un rêve.

—Oh! me dit-elle, un mauvais rêve. Tu sais comme je fus emmenée. On visita mes papiers, et on ne trouva rien qui pût faire croire que je fusse complice de ces hommes. Depuis quelque temps, on se plaignait que des envois d'argent faits par la poste n'arrivaient pas; on faisait des réclamations, des recherches: impossible de découvrir les coupables. Il y a un mois environ, un jeune homme se présenta pour toucher un mandat dans un bureau de poste. Il y avait là un monsieur qui, attendant de l'argent, venait faire une réclamation. Ce monsieur entendit prononcer son nom, et fut tout surpris de voir le jeune homme signer pour lui et tenir dans sa main la lettre d'avis que lui s'étonnait de n'avoir pas reçue. On fit arrêter ce jeune homme, on le fouilla; il avait plusieurs lettres chargées décachetées, portant différentes adresses. D'abord, il ne voulut pas répondre, dire qui il était, mais il finit par tout avouer: c'était une association. Ils étaient sept ou huit. Ils avaient un employé à la poste; chaque fois qu'une lettre était chargée, cet employé la volait, et alors les associés allaient faire les recouvrements. Sans compter ces vols, qui étaient très-importants, ils faisaient un tort considérable au commerce, car, lorsque les lettres contenaient des valeurs qu'ils ne pouvaient pas toucher, ils les brûlaient.

Tu as deviné quel était l'employé de la poste; tu comprends quel soupçon ont eu les juges. On a cru que j'étais complice! Une adresse, une lettre oubliée chez moi, dont je n'aurais pas eu connaissance, et j'étais perdue!

Il m'a défendue, il paraît, tant qu'il a pu. Le magistrat qui m'a interrogée me disait toujours:

—Mais enfin, c'est pour vous qu'il l'a fait.

Je lui répondais:

—Cela est possible, et j'en suis assez malheureuse; mais je ne me doutais de rien.

On est fort, va, quand on a pour soi l'innocence et la vérité.