«Pourvu qu'elle meure avant qu'on lui enlève son lit!»

Elle m'avait demandé du bon vin, du raisin, des asperges, cela hors saison. Quoique j'eusse peu d'argent, je m'étais procuré ce qu'elle désirait.

J'arrivai les bras chargés. Ce fut Eulalie qui m'ouvrit la porte: je faillis tout laisser tomber par terre.

Elle me fit entrer dans la salle à manger en me disant:

—N'entrez pas, elle dort! Le diable doit la tourmenter, car elle s'est donnée à lui.

Je ne comprenais pas; elle reprit:

—Vous savez ce qu'elle m'a fait. Hier, l'oncle de Camille l'a fait venir, censément pour un rendez-vous d'affaires, et l'a enlevé dans sa voiture, presque de force. C'est elle qui est cause de tout cela. J'ai reçu une lettre ce matin à l'hôtel. Camille me dit adieu; il m'annonce qu'il m'enverra de l'argent et me répète qu'il voulait m'épouser. Me voilà encore sans ressources, car je le connais: avec lui, le dernier qui parle a raison. Elle le savait bien: je ne le reverrai jamais. Dans quinze jours, il ne pensera plus à moi; il n'a pas mis tant de temps à oublier son amour pour Lise. Qu'elle se réveille, je vais lui dire tout ce que j'ai sur le cœur.

Je la priai de n'en rien faire, de ménager les derniers moments de sa sœur.

—Qu'est-ce que ça me fait? Je voudrais qu'elle fût morte un mois plus tôt.

Sa mère, qui avait pour Eulalie une faiblesse marquée, paraissait s'être rangée de son côté.