Je lui dis combien j'étais peinée de n'avoir pas d'argent à lui offrir, pour lui épargner ces engagements au Mont-de-Piété; que je me consolais en pensant que ce n'était pas pour longtemps. Je mentais pour calmer ses inquiétudes.
Je quittai cette chambre le cœur serré.
A quelques jours de là, on vint saisir son salon, sa salle à manger, son cabinet de toilette. J'étais là, j'obtins qu'on n'entrât pas dans sa chambre.
Ce que l'on avait saisi suffisait largement à couvrir cinq cents francs qu'on réclamait.
Elle demanda qui marchait à côté; je lui répondis qu'on voulait voir son logement; elle disait tous les jours qu'elle voulait déménager; cela ne l'étonna pas.
—Oui, je vais quitter ce logement, j'irai demeurer à la campagne. Puis ses yeux se remplissaient de larmes et elle reprenait: Oui, à la campagne, au cimetière Montmartre.
Je tâchais de chasser cette idée de son esprit; j'y parvenais assez facilement, car elle tenait à la vie.
Quand elle m'entretenait de ses espérances, cela me faisait souvent plus de peine que quand elle me parlait de sa fin prochaine. Je lui conseillai d'écrire à quelques amis. Personne ne vint.
M. Ernest, instruit qu'il n'y avait plus de ressources, avait cessé de s'occuper d'elle; toutes démarches furent inutiles: il fit répondre que ce qu'elle avait suffirait, en le vendant, pour aller jusqu'à la fin; qu'il ne voulait pas faire de nouveaux sacrifices pour une femme qui n'avait pas un mois à vivre.
Je me disais chaque jour, en quittant le chevet de cette pauvre fille: