—Grondez-la, vous qu'elle aime; elle a écrit toute la nuit.
—Oui, dit Lise avec un sourire étrange; oui, c'est ce qui m'a fait du bien. Je vais mieux, n'est-ce pas?
Ses yeux, où brillait la fièvre, s'attachaient sur moi; je fus forcée de la regarder.
Ses joues étaient creuses, ses lèvres rouges; j'entendais sa respiration rauque; j'avais envie de pleurer.
Son regard ne me quittait pas. Je compris qu'elle avait quelque chose à me dire; mais nous n'étions pas seules: sa mère ne sortait jamais quand j'étais là.
Elle prit sur la table de nuit une petite montre émaillée bleu, la tourna longtemps dans ses doigts, la remit à sa mère et lui dit:
—Tiens, envoie cela là-bas, c'est mon dernier bijou. Qu'il me tarde qu'Ernest revienne! Pas une lettre de lui! Si je ne l'attendais pas, je pourrais m'adresser à quelques amis. Je suis sûre qu'il viendra me voir; j'aime mieux attendre. Va vite!
Sa mère sortit. Elle me tira près de son lit et me dit:
—J'ai écrit à l'oncle de Camille; il voulait lui faire épouser sa fille, il empêchera bien ce mariage. Je suis vengée! Oh! que je vive assez pour avoir la réponse! Tu lui diras, à Eulalie, si tu la rencontres, que c'est moi...
On marchait vers la porte, elle mit un doigt sur sa bouche; sa mère rentra.