Je ne sais ce qu'elle me répondit; mais je la poussai peut-être un peu fort dans la pièce voisine. Je fermai la porte au verrou, malgré sa résistance.

Lise me serra la main et me dit:

—Si tu pouvais rester près de moi! Oui, elle a raison, je suis abandonnée par tout le monde, excepté par toi. Pourquoi mon amant reviendrait-il?

Elle me montra ses bras et ses mains décharnés.

—La vie que j'ai menée, c'est un commerce; on m'achetait un baiser; je n'ai plus rien à vendre, on ne vient plus. Que tu as bien fait de quitter cette vie-là! dans quelque temps on oubliera ton passé, peut-être l'oublieras-tu toi-même; fais-toi des amis. Ah! que celle qui a été vertueuse, honnête, est bien récompensée à cette heure suprême! le compagnon de sa jeunesse la soigne jusqu'au dernier moment, l'accompagne à son dernier asile et va pleurer sur sa tombe. Pour nous, rien que la raillerie et l'insulte pendant et après. Tout l'or du monde ne suffirait pas pour compenser ces dernières heures.

Je pleurais.

—Pourquoi pleures-tu? ma pauvre Céleste; parce que je vois plus clair qu'hier? C'est ma sainte Vierge qui a inspiré Eulalie; elle m'a fait comprendre que je perdais mon temps à espérer un intérêt que je ne méritais pas. Donne-moi le chapelet qui est aux pieds de la Vierge, ôte le voile qui la couvre, mets-la près de moi, sur cette table; vois, ses bras sont ouverts pour tous ceux qui vont à elle. Ne pleure pas; laisse-moi, mais ne reste pas plus d'un jour sans venir; envoie-moi un prêtre ou charges-en ma mère.

Elle appuya sa tête sur le coin de la table de nuit. La lumière de la veilleuse, le reflet de la Vierge blanche éclairaient sa figure; elle était calme, ses yeux se fermèrent, je crus tout fini.

Je tirai la porte doucement; sa sœur voulut parler, je lui fis signe de se taire et je priai sa mère d'aller chercher un confesseur, si elle voulait qu'il arrivât à temps.

—Comment va-t-elle? me demanda ma mère en rentrant.