Le Faucheux semblait avoir pris à tâche de lasser ma patience.
J'étais le point de mire de toutes les plaisanteries.
La colère finit par me monter au cerveau, et je débutai avec d'autant plus de vivacité que je m'étais contenue plus longtemps.
—Monsieur, lui dis-je, voulez-vous avoir la bonté de me laisser tranquille? Voilà une heure que j'écoute vos sottises. En ne vous répondant pas, je croyais vous avoir fait comprendre que votre esprit n'était pas de mon goût. Les araignées ne me font pas peur, mais elles me dégoûtent, et quand elles s'approchent trop près de moi, je les écrase. Ainsi, grand Faucheux, ne vous occupez pas plus de moi que je ne m'occuperai de vous.
C'était dur; mais j'avais été cruellement provoquée, et je n'ai jamais brillé par la patience.
L'épithète de grand Faucheux mit immédiatement les rieurs de mon côté. Il y a dans toutes les réunions, petites ou grandes, un sentiment de justice qui se fait jour.
On comprenait que les attaques dont j'avais été l'objet me donnaient droit, de mon côté, à une assez grande latitude.
Mon adversaire devint furieux. Il ne s'attendait pas à de semblables représailles de la part d'une de ces pauvres filles, habituées à courber la tête sous le joug de la fatuité opulente. Il n'avait pas encore eu le temps de réfléchir qu'un galant homme ne gagne jamais rien à se disputer avec une femme, quelle que soit cette femme.
Il reprit la balle au bond.
—Qui donc, s'écria-t-il a amené cette...