Je me décidai à louer un appartement place de la Madeleine, je donnai le magasin à ma mère.

J'étais si impatiente de me rapprocher de Robert, qu'au risque de faire une grosse brèche dans ma fortune, je payai deux termes, afin de déménager aussitôt que mon logement serait prêt.

Robert jouait quelquefois; il donna une soirée à quelques amis, dans un appartement qu'il avait rue Bleue; Lagie y vint avec moi; le souper était magnifique. On parla plusieurs fois, pendant ce souper, d'une femme appelée Zizi, qui était à la campagne; on en riait: on me regardait, je ne comprenais pas.

—Quelle est donc cette Zizi? demandai-je à Lagie.

—C'est sa maîtresse; nous sommes chez elle: il l'a envoyée à la campagne.

La tête me tinta. On venait de se lever de table, je fus droit à Robert et je lui demandai si ce qu'on venait de me dire était vrai, si j'étais chez sa maîtresse.

—Pas précisément, me dit-il. Il est vrai qu'une femme que je connais depuis longtemps, avec laquelle je ne puis rompre de suite, demeure ici: mais vous êtes chez moi. Mon intention est de la quitter; mais en la quittant, je veux me conduire avec délicatesse, et je lui laisserai tout ce qui est ici.

On avait commencé à jouer et l'on jouait gros jeu.

Je restai longtemps sans voir, sans entendre, abîmée dans une seule pensée: il avait une maîtresse! Depuis quinze jours, il ne me donnait que ses heures perdues.

J'étais, je ne pouvais être pour lui qu'un caprice, un feu follet, dont il allait jeter les cendres au vent.