Le lendemain, j'envoyai savoir de ses nouvelles.
On répondit qu'il était malade.
Après avoir fait de grands efforts pour m'oublier, voyant qu'il n'y réussissait pas, il s'engagea et partit pour l'Afrique.
On m'a souvent reproché ce départ; on a dit que j'avais été cause de sa ruine. Cette dernière accusation est bien injuste: je ne lui ai jamais rien demandé; s'il eût suivi mes conseils, il aurait été plus économe.
Et quant à son départ pour l'Afrique, ce fut un bonheur pour lui, il trouva une glorieuse carrière. Au surplus, il m'a jugée moins sévèrement que le monde, qui s'attendrissait sur son compte. Quand il revint en France, sa première pensée fut de venir me serrer la main. C'était un brave garçon! aussi résolu qu'affectueux.
A son retour de M..., il était accouru chez moi. Je lui avais dit tout franchement ma liaison avec Robert. Il ne me fit pas de reproches. Il ne s'en prit qu'à lui-même.
—C'est ma faute, me disait-il, je n'ai pas su me faire aimer.
Ses yeux bleus étaient pleins de larmes; il me dit en me quittant:
—Je n'ai que ce que je mérite; de pauvres filles m'ont aimé, je les ai fait souffrir. Elles me disaient: «Ton tour viendra.» Elles avaient raison, vous les vengez. Adieu, Céleste; tâchez d'être heureuse; je n'aimerai jamais une autre femme que vous. Plus tard, dans longtemps, vous reviendrez peut-être à moi. Quoi qu'il arrive, mon cœur vous sera ouvert; adieu.
Il s'était sauvé.