Nous traversâmes une galerie vitrée, nous descendîmes quelques marches; pendant qu'on ouvrait un caveau, j'écoutais un bruit étrange: les flots de la Seine battaient en passant la muraille; avec le vent, cela ressemblait à des voix qui chuchotaient; la porte était ouverte, un froid humide nous vint au visage.
J'eus peur; je fis un pas en arrière, la pauvre Marie aussi; le jour était sombre; le gardien alluma une mauvaise chandelle sur l'escalier. Mes yeux s'étaient habitués à l'obscurité du caveau et je distinguai; il était long, éclairé par des croisées comme des soupiraux de cave, il n'y en avait que d'un seul côté; à droite en entrant, par terre, des deux côtés, il y avait comme des lits en pierre, de distance en distance; les uns étaient plats, les autres formaient un dôme assez élevé.
—Venez, nous dit le gardien, en mettant la main devant la lumière pour nous éclairer et la préserver du vent.
Je pris la main de Marie, nous étions au quatrième lit; l'homme s'arrêta, me donna le flambeau à tenir et enleva le dôme. C'était un couvercle en osier couvert en toile cirée. Je tenais la lumière trop élevée.
—Regardez si c'est celle-là, dit l'homme.
—Ah! madame, fit Marie, en me serrant le bras, ce n'est pas ma sœur.
J'éclairais le cadavre d'une femme que la maladie avait desséchée; c'était un squelette couvert d'une peau presque bleue. Je n'aurais jamais cru qu'on pût arriver à un pareil état de maigreur. Le mouvement que Marie avait fait m'avait donné une palpitation qui m'empêcha de dire un mot. Tous les lits recouverts étaient occupés; je n'osais plus faire un pas.
—Elle y est, j'en suis sûr, dit l'homme, je me serai trompé.
Il leva un autre couvercle et dit:
—Regardez celle-là.