—Ah ça! j'espère qu'il y a du feu ici, et qu'on ne va pas nous mettre dehors sans nous laisser chauffer!... Il paraît que nous ne sommes pas bien venus! Je vous présente un de mes voisins de campagne, un de mes bons amis, Martin. Je vous l'ai amené, espérant que vous nous feriez meilleur accueil. Je vous demande pardon, mon cher Martin, si je me suis trompé.
Enfin la parole me revint.
—Vous avez bien fait de compter sur le plaisir que j'aurais à vous revoir et sur le bon accueil que je ferais à vous et à vos amis; j'ai été toute saisie de votre brusque arrivée. Je vous demande pardon du temps que j'ai mis à me remettre, mais j'étais si loin de m'attendre!...
—Bien, bien, dit Robert, si ce n'est que cela, ce n'est rien. Comment allez-vous?
—Mieux, depuis que je vous ai vu.
Il me regarda de côté et reprit:
—Vous dînez avec nous ce soir? Je vous préviens que je reste trois jours à Paris; je me cache chez vous. Voyez-vous toujours Frisette? Il faut l'inviter, afin que Martin ne s'ennuie pas trop. J'ai beaucoup de choses à vous dire. Voilà près de six mois que je ne vous ai vue; m'aimez-vous toujours un peu?
Il vit sans doute ma réponse dans mes yeux.
—On sonne, dit-il en riant; si c'est mon remplaçant, je vous préviens que je vais le mettre à la porte.
En effet c'était Jean; il l'avait connu en voyage. Il le reçut de l'air le plus aisé du monde, lui offrit un siége, lui fit les honneurs de chez moi, sonna Marie, commanda en maître. Le pauvre Jean paraissait le plus malheureux des hommes; il ne savait plus comment sortir. Moi, debout, près de la cheminée, j'étais aussi très-embarrassée de ma contenance. Enfin, Jean prit congé de nous, comme s'il était venu me faire une visite d'ami.