Je m'enfermai pour ne plus voir ces figures en larmes. Tout cela m'avait rendue malade; mes palpitations augmentaient; je fus obligée d'envoyer chercher le médecin. Il m'ordonna beaucoup de choses: du repos et de fortes doses de sirop de digitale. Je ne fis que la moitié de ce qu'il m'avait prescrit: au lieu de me reposer, je passai quelques nuits. L'hiver était venu, je tombai plus sérieusement malade. On fut obligé de me saigner. Je pris le lit.
Une nuit que je pensais à Robert, et que mon cœur battait à son souvenir, je pris machinalement la bouteille de teinture de digitale; au lieu d'en boire les quelques gouttes qui me calmaient toujours, j'avalai tout. Cela me fit un mal affreux; je disais au médecin que je suivais régulièrement ses ordonnances; je n'en faisais rien. Il ne comprenait pas l'impuissance de son art.
Tout le monde disait que je n'irais pas loin, que je m'étais frappée de la mort de Lise. Les personnes qui venaient me voir, ne sachant pas l'état de mon cœur, attribuaient mon dépérissement à cette cause. Ce n'était pas la seule pourtant; il y avait peut-être du vrai dans ce que disaient mes amis. Toutes ces fins malheureuses, qui venaient se grouper autour de moi, m'atterraient. Je ne pouvais dormir sans voir cette fantasmagorie de songes que la fièvre, le chagrin grossissaient. Tantôt je me laissais aller, tantôt je prenais le mal corps à corps et je luttais bravement avec lui; mais toutes ces fatigues morales ne m'embellissaient pas.
Je savais que Robert avait loué une maison à Mme Zizi, à Saint-James; que s'il l'avait quittée, il avait toujours soin d'elle et se préoccupait de son sort. Je me demandais ce que cette femme avait pour être si heureuse!... Un jour, qu'assise près d'un grand feu, dans ma chambre, je tâchais de réchauffer mon corps et mon esprit, un coup de sonnette fit trembler la flamme du feu. Marie était sans doute sortie, car un second coup, plus fort succéda au premier. Je me levai de mauvaise humeur d'être dérangée et en disant: «Qui donc sonne ainsi en maître? je ne pardonnerais cela qu'à une personne au monde.»
XXII
LA CAMPAGNE.
J'ouvris; je restai pétrifiée!
—Ce n'est pas malheureux, dit Robert, qu'un grand jeune homme suivait; j'allais recommencer!... nous sommes gelés!...
Je ne bougeais pas de place, tant j'étais saisie, et je les laissai sur le carré.
Robert me prit dans ses bras, m'embrassa et m'emmena dans ma chambre en disant: