Robert fut le reconduire. Martin arriva; ils causèrent longtemps tous trois. Robert rentra; il semblait me regarder avec tristesse. Martin était aux petits soins. Je crus comprendre que j'étais plus malade que je ne le pensais. Je sus seulement que le médecin avait dit que, si l'on pouvait m'emmener de Paris, afin de me forcer à quitter la vie agitée que je menais, il était sûr que la santé me reviendrait. J'avais des sifflements dans la poitrine qui effrayaient tous ceux qui s'intéressaient à moi.
Robert et Martin causaient souvent ensemble; ils me regardaient et semblaient lutter contre une idée. Robert avait retardé son départ de quelques jours. «Il faut pourtant que je m'en aille,» me disait-il chaque matin.
—Partez: je vais recommencer ma vie pour oublier.
—Vous voulez donc vous tuer? vous en viendrez à bout.
—Faites ce que je vous ai conseillé, répondait Martin, je me charge de tout.
—Allons, dit Robert, je ne veux pas me faire prier pour me rendre heureux. Céleste, préparez une malle, je vous emmène à la campagne. Nous partirons ce soir. Je vous cacherai le plus possible. Si l'on vous voit, on supposera que vous êtes venue pour Martin.
Je ne pouvais en croire mes oreilles. Je ne me demandai pas si Robert ne se laissait pas entraîner par un mouvement de pitié qu'il regretterait! Je ne compris rien, si ce n'est que j'étais la plus heureuse des femmes; que jamais maladie n'avait causé tant de joie. Je fourrais à tort et à travers mes effets dans ma malle, mettant des bottines sur les bonnets à fleurs. Il riait de voir le plaisir qu'il me faisait. J'en perdais la tête; je venais de mettre mon petit chien dans la malle. L'heure du départ arriva. Je quittai Marie, en lui recommandant mon appartement. Elle se mit à pleurer; je la trouvai absurde.
Je partis gaie comme un pinson. Si Robert ne m'avait emmenée que par pitié, je lui aurais fourni une belle occasion de se repentir en chemin, car la joie m'avait guérie et je me portais comme le Pont-Neuf d'aujourd'hui.
Martin me donnait le bras pour descendre aux stations, il était galant! Robert s'approchait de temps en temps, craignant qu'il ne prît trop son rôle au sérieux.
Le chemin de fer n'allait alors qu'à Vierzon. Il fallait faire encore vingt-cinq lieues pour arriver chez Robert, aussi avait-il laissé sa voiture de voyage à l'hôtel. Son valet de chambre avait commandé des chevaux de poste. Nous montâmes, Robert et moi, dans le coupé. Martin, sans doute pour ne pas nous gêner, prit place sur le siége de derrière, avec Joseph, le valet de chambre.