Aujourd'hui, du reste, que des années me séparent de ces émotions, je suis bien aise de les avoir éprouvées. Quand ces brusques transitions n'énervent pas complétement le cœur, elles le relèvent et le fortifient. Elles vous donnent sur vous-même une force dont on apprend plus tard à se servir sur les autres.
Je souffrais d'autant plus que je voyais clair dans ma situation. Je n'avais pas eu le vertige et j'avais gardé mon bon sens. Je n'en voulais pas à Robert; mais l'idée qu'une femme allait s'établir près de lui me brûlait comme un fer rouge. Je me disais: «S'il m'aimait, il serait moins ambitieux, il me garderait! Pourtant il pleurait en me quittant. S'il m'aime, il reviendra.»
J'étais arrivée... Mes raisonnements ne me suffisaient plus pour retrouver un peu de calme, et je continuais à souffrir cruellement.
On avait dit dans tout Paris que j'étais morte. Adolphe, de retour de Metz, où il avait vécu depuis notre séparation, était arrivé chez moi tout défait, tout pâle! Entré dans mon salon, sans parler à Marie, il causait avec mon portrait.
—C'est donc vrai, pauvre fille, je ne te verrai plus? je suis revenu trop tard!
Marie lui disait:
—Trop tard! Pourquoi donc, monsieur?
—Mais pour voir Céleste avant qu'elle ne meure!... Je l'ai bien aimée, allez! je l'aime encore.
—Monsieur a raison, dit Marie; mais madame se porte bien: elle est à la campagne et m'a écrit hier.
Il l'embrassa de joie et partit laissant son adresse.