Jean vint me demander si je voulais faire une promenade en mer avec d'autres voyageurs.

—Non, dis-je en me serrant dans mon manteau, par un mouvement nerveux d'appréhension; j'aime mieux marcher.

Je pris son bras et nous sortîmes.

J'achetai une foule de chinoiseries. Un coup de vent nous enveloppa si fort que je faillis être enlevée comme un ballon avec mes acquisitions. L'air qui s'engouffrait sous mes jupes m'inquiétait bien un peu; mais je ne voulais pas lâcher mes petits pots! Je marchais plus vite que je ne voulais; heureusement, nous étions poussés du côté de la maison.

Le temps devint si noir qu'il faisait presque nuit à deux heures. J'arrivai sans accident; je rangeai sur un meuble les fantaisies dont je venais de faire emplette. Le vent battait les maisons et les vitres en sifflant comme une furie.

—Quel temps! dis-je à Jean, comme j'ai bien fait de ne pas aller me promener en bateau, avec votre mer qui était comme une glace.

—Oui, me dit-il, c'est une vraie tempête! c'est beau à voir, regardez!

Je m'approchai de la fenêtre, je fus effrayée! Pourtant cette émotion me plaisait. Les grandes voix de la nature calment, en s'harmonisant avec elles, les voix des passions qui grondent sourdement dans nos cœurs.

—Vous trouvez cela beau? lui dis-je; mais c'est à vous faire mourir de peur! Ces pauvres gens qui sont sortis, que vont-ils faire avec leur coquille de noix, contre une pareille bourrasque?

—Bah! il n'y a pas de danger... ils ne doivent pas être loin!