Les flots arrivaient comme des montagnes, se brisaient sur la plage; d'autres les suivaient, semblaient les écraser, et se retiraient en mugissant. Plus loin, au large, nous voyions d'immenses masses d'eau s'élever avec fracas et retomber sur elles-mêmes en entr'ouvrant de grands abîmes qui semblaient plonger jusqu'au fond des mers.
Parfois, il me semblait distinguer la pauvre petite barque comme un point noir.
—Les voilà, disais-je!... Ils s'enfoncent!
—Non, non, me disait Jean, ce sont des lames!
—Mon Dieu! mais si un de ces géants les enveloppe, ils sont perdus!
Oubliant le froid, nous ouvrîmes la fenêtre. Beaucoup de monde était sur la porte au-dessous de nous; chacun, le cou tendu, l'œil fixe, cherchait les promeneurs.
Dans la foule, un homme se désolait et disait:
—Mon Dieu! pourquoi ai-je permis à mon fils de sortir? ils sont perdus!
Il pleurait; il était bien vieux. Ses cheveux étaient tout blancs... il me fit mal... je partageais sa peine; la barque m'intéressa encore davantage! J'avais de bons yeux; je les plongeais dans le lointain, pour tâcher d'apercevoir les promeneurs.
Ce fut moi qui les vis la première. J'étais si émue que, pour dire au pauvre père: «les voilà,» je faillis tomber par-dessus le balcon. Je l'engageai à monter près de moi pour qu'il vît mieux. On s'était procuré des lorgnettes; cela ne lui servait à rien: il avait la vue trop basse pour rien distinguer. Je lui indiquais tous les mouvements que faisait la barque. La vieillesse et l'enfance se ressemblent.