—Jamais assez...
Nous passâmes huit jours ensemble; il ne me quittait pas. J'avais écrit à ce pauvre Jean pour lui éviter une rencontre, et, fidèle à ses habitudes d'abnégation devant les droits acquis, il n'était pas venu me voir. Robert était obligé de retourner en Berri.
—Je vous emmène, me dit-il.
Il n'avait pas besoin de me dire: «Voulez-vous venir?» Je passai deux mois près de lui. Il reçut une lettre qui lui annonçait l'arrivée d'une de ses parentes.
Pour moi, cette lettre était un ordre de départ. Je le compris. Il m'annonça cette nouvelle avec tous les ménagements possibles.
—Retournez quelque temps à Paris, me dit-il; dès que je serai seul, j'irai vous chercher.
Je me doutai bien que cette visite cachait quelque nouveau projet de mariage, et que Robert ne me disait qu'une partie de la vérité. Je cherchai la lettre et n'eus pas de peine à la trouver. Mes pressentiments ne m'avaient pas trompée. Il s'agissait d'une alliance proposée, qui devait se nouer par les soins d'une amie de sa famille.
Je revins à Paris et lui écrivis que je n'étais pas dupe de ce qu'il m'avait dit. Il resta quelque temps sans me répondre. Le pauvre garçon cherchait sans doute à affermir sa résolution. J'étais bien moins inquiète que la première fois.
Un pressentiment me disait que tous ces mariages manqueraient. Je marchai résolûment dans la voie que je m'étais tracée: je faisais au cœur de Robert une guerre terrible par mes folies et mes excentricités. J'allais partout, aux bals, aux concerts, aux spectacles. Cette époque est la plus agitée de ma vie. Mon esprit, du reste, était devenu plus réfléchi, et dans le monde nouveau que je voyais, tout pour moi était un objet d'étude. En sortant du théâtre, nous allions presque toutes les nuits souper au café de Paris. Ces beaux salons aux vases dorés garnis de fleurs resplendissaient de lumières. Le repas, préparé d'avance, ressemblait à une féerie. Les convives étaient jeunes, riches et élégants. Leurs noms étaient les plus beaux noms de France; mais leur vie était frivole, leurs caractères étaient capricieux et changeants. Ce monde ne ressemblait en rien à celui que j'avais vu pendant que j'étais à l'Hippodrome.
Léon et ses amis, tous fils de marchands très-honorables, de bourgeois très-honnêtes, étaient pédants, orgueilleux. Ils déblatéraient contre la noblesse, mais c'était par jalousie.