Mes lettres pouvaient laisser à désirer sous le rapport du style et de l'orthographe, mais j'affirme qu'elles étaient des chefs-d'œuvre de coquetterie. Je réussis au gré de mes désirs. Au bout de huit jours, il était plus épris que jamais, et m'écrivait:
«Ma chère enfant, j'arrive passer deux jours à Paris. Je descends à l'hôtel Chatam; si vous pouvez disposer d'une heure pour moi, vous savez tout le plaisir que j'aurai à vous voir.»
C'était un dimanche; le boulevard était plein de monde, je voulais aller vite, et ne réussissais qu'à me faire bousculer par les passants. Arrivée à la porte de Robert, je tâchai de me remettre pour avoir l'air calme, même froid. Il m'embrassa et, me regardant bien en face, il me dit:
—Est-ce que vous ne m'aimez plus, Céleste?...
—Si, lui dis-je; mais il faut bien que je me fasse à l'idée de ne plus vous voir, puisque vous allez vous marier.
—Non, me dit-il presque joyeux, je ne me marie pas; j'allais, sans m'en douter, faire un très-sot mariage. Ma bonne étoile m'a sauvé. Une femme de chambre m'a appris, sur le compte de ma fiancée, des choses... que ses parents ne m'auraient certainement pas dites. Ce sera pour plus tard.
—C'est pour cela que vous me revenez?
—Oui, un peu, et beaucoup parce que je vous aime.
—Vrai, Robert?
—Vous le savez bien!