Il me le promit en m'embrassant les mains!... Il paraissait bien heureux! Jean rentra quelques minutes après et me dit tout surpris:
—Tiens! vous faites votre malle?...
—Oui; nous partons demain, au petit jour.
Personne n'était levé dans l'hôtel, que j'en sortais, laissant un regret pour ce pauvre garçon, qui m'aimait au moins autant que j'aimais Robert.
XXIV
UN BAL MASQUÉ A L'OPÉRA.—VICTORINE,
DITE LA PANTHÈRE.
Je n'étais restée que dix jours absente; il me semblait que des années s'étaient écoulées, j'approchai de mon logement avec des battements de cœur. Peut-être avais-je une lettre de Robert!... Le concierge m'en remit une.
Jean prit congé de moi sans que j'y fisse attention. Je dévorais ma lettre en montant. Elle était longue! Robert me félicitait de la manière dont je prenais mon parti de sa perte. Il me disait que cela lui était moins facile qu'à moi, qu'il n'avait personne pour se consoler.
Cette lettre, je la lus plusieurs fois. Il était jaloux de moi. Un éclair de joie monta de mon cœur à mon cerveau! Il était jaloux. J'avais barre sur lui. Je ressentis un immense bonheur, parce que j'eus, pour la première fois, conscience entière de ma force. L'amour est le tyran du monde, mais devant la jalousie, il n'est plus qu'un pauvre enfant tremblant. On s'est effrayé, de notre temps, de l'empire que certaines femmes ont pris sur le caractère de leurs amants, et des ravages qu'elles ont faits dans leur existence. On a crié au miracle; on a cherché l'explication dans des contrastes impossibles. D'une part, on a supposé des monstres de cruauté et de sécheresse de cœur; de l'autre, des prodiges de niaiserie et de faiblesse. On s'est doublement trompé. Les données générales du cœur humain suffisent à tout expliquer. Quand la jalousie ne tue pas l'amour, elle l'aiguillonne: c'est le fouet des furies; l'âme qui a une fois senti ses lanières ne s'appartient plus. Il y a de pauvres femmes qui souffrent et qui meurent sans se douter de cela. Je connaissais trop le monde pour ne pas profiter de mon expérience, dans l'intérêt de cet amour qui remplissait mon cœur.
«Pour le ramener à mes pieds, me disais-je, je n'ai qu'un moyen: le tourmenter.» Et, comme je l'aimais beaucoup, je fus impitoyable.