—Il est venu des personnes vous demander; puis on est venu de chez le commissaire.

Je cachai ma figure dans le bouquet comme pour le respirer, mais je ne sentais rien. Je devais être fort pâle; je fus obligée de m'appuyer à son établi de tailleur. Il releva ses lunettes et dit à sa femme:

—Comment a-t-il dit, l'agent?

Elle quitta son pot au feu.

C'était une bonne grosse femme, qui n'a pas maigri et que je vois souvent à sa porte.

—Il a dit que, si demain vous n'aviez pas enlevé vos fleurs de dessus votre croisée, vous seriez à l'amende.

Je respirai à faire le vide dans sa loge, et je grimpai mes étages comme un oiseau; je ne voulais rien avoir à faire avec le commissaire. J'ouvris ma fenêtre, je regardai mes pauvres fleurs qui grimpaient si vivaces.

«Chers pois de senteur, capucines et volubilis, je vous ai arrosés, attachés avec tant de soin; faut-il que je vous détruise? Petites fleurs du pauvre, comme je vous aime!» Je mis à côté mon beau bouquet, il me parut affreux; je le jetai dans la chambre et j'embrassai mon réséda et mes pensées. Je regardais comment je pourrais faire pour les déplacer sans les arracher. Je m'étais fabriqué une caisse moi-même et j'avais semé en pleine terre; les branches s'étaient enlacées par mes soins dans les cordes et fils de fer; impossible de les démêler. Un coup de sonnette me fit sauter; je me jetai sur mon jardin; j'arrachai tout comme une furie; j'entendis les tiges crier; elles semblaient me reprocher la mort de mes fleurs. Mais je redoublais d'efforts pour enlever les ficelles qui me coupaient les doigts.

«Ah! on vient me demander pourquoi vous n'êtes pas en bas. Vous voyez bien qu'il faut que je vous arrache!» Et j'enfonçais mes mains dans la terre.

On sonna plus fort; je fus ouvrir.