—Je vous ai dit que je voulais être libre, que je ne m'engageais à personne. Vous dites m'aimer beaucoup: eh bien! le seul moyen de me le prouver, le seul moyen de garder mon amitié, à défaut d'amour, c'est de ne pas me tyranniser.
—Vous êtes méchante, Céleste. Vous m'appelez tyran, parce que je suis jaloux. C'est pourtant la plus grande preuve que je puisse vous donner de mon amour. Hermance m'a demandé d'aller la voir; elle serait bien contente si je lui disais le quart de ce que je viens de vous dire.
—Eh bien! allez le lui répéter, je ne vous retiens pas.
Mes querelles avec Léon étaient des scènes en trois tableaux. Il commençait par être impertinent, il devenait fat, et finissait par la soumission.
Alors seulement, je m'attendrissais.
C'était le tour de la fatuité.
Il jeta sur sa personne un regard de satisfaction. Il examina son pantalon acheté à Londres, son gilet du meilleur goût, sa redingote de la coupe la plus irréprochable. Il avait l'air de me dire: «Peut-on être à ce point dédaigneuse pour un homme aussi bien mis et ayant l'air aussi comme il faut que moi?»
J'ai connu des femmes qui se laissent prendre à ces façons-là: je ne suis pas du nombre. Les prétentions et la minauderie chez un homme m'ont toujours révoltée. Je gardai un silence glacial. Le pauvre Léon alors ne savait plus où il en était. Son impertinence et son orgueil tombaient à plat.
Tout en causant, j'avais entièrement enlevé ma caisse, coupé mes cordes, non sans peine et sans regret.
—Pourquoi vous donnez-vous tant de mal à ôter ces fleurs?