—Je suis tranquille, me dit-elle. Je vis avec un jeune homme de Toulouse, qui m'adore et me comble. Il est employé au bureau des postes pour plaire à ses parents, qui veulent qu'il s'occupe, ce dont il n'a pas besoin, car il est fort riche.

—Tant mieux! cela me fait plaisir. Je t'aime beaucoup; je voudrais te voir ménager un peu plus ta santé et ta bourse.

—Oh! je n'ai pas longtemps à vivre; je veux bien m'amuser pour ne rien regretter.

—Joues-tu ce soir? me dit-elle en ouvrant la croisée.

—Oui, tous les soirs.

—Eh bien! j'irai te voir aujourd'hui avec mon époux.

Je la quittai. Je la vis le soir, dans une avant-scène du rez-de-chaussée, avec un petit homme blond mat, les cheveux frisés, portant lunettes. Il paraissait rempli d'attentions pour elle.

Elle me fit prier d'aller dîner le lendemain avec eux. Elle me dit, avant qu'il arrivât, qu'elle ne pouvait pas le souffrir, mais qu'il l'aimait tant qu'elle avait pitié de lui; que c'était la bonté même.

En effet, il m'intéressa; il avait l'air si honnête, si tendre; il faisait montre de si beaux sentiments, que je fus enchantée de lui, et que je fis promettre à Lise de mieux le traiter.

—Voyez-vous, mademoiselle, me dit-il le soir en me reconduisant, en ce moment, je ne puis pas faire tout ce que je veux pour elle; mais je vais avoir beaucoup d'argent d'une propriété que je fais vendre: je lui donnerai tout.