A quelques jours de là, j'entendis conter, au foyer du théâtre, que la reine Pomaré était arrêtée comme complice d'un vol très-important dont on recherchait les auteurs.

Je ne pouvais pas croire cela, et, d'ailleurs, je n'ai jamais pu supporter entendre dire du mal de mes amies. Je donnai des démentis à toutes ces vipères qui, ne m'aimant pas, étaient enchantées de me faire de la peine.

Une vieille duègne, qui, du reste, avait été très-belle, disait:

—Parbleu! des sauteuses comme cela, ça fait tous les métiers.

—Ah! reprenait une ingénue de trente ans, si j'étais juge, je la condamnerais à la prison pour toute sa vie.

Rien n'est méchant comme les vertueuses par force. Celle-là était si sèche, si laide, que je ne pus m'empêcher de lui dire:

—Il faudrait mettre en prison toutes les femmes un peu jolies; la disette en viendrait et vous trouveriez peut-être votre placement.

—Taisez-vous, me dit une de mes camarades; ne vous querellez pas ainsi sans savoir ce qui en est: vous pourriez vous compromettre.

Dès que le spectacle fut fini, je courus rue de la Michodière. La maîtresse de la maison me dit qu'on lui avait recommandé le plus grand secret: mais qu'à moi, elle allait tout me conter... Je devais être au moins la centième confidente.

—Hier, me dit-elle, il s'est présenté un homme, fort bien mis, qui m'a demandé quelle chambre habitait Mlle Lise et comment elle vivait. Je crus que c'était son père, dont elle a si peur, et je répondis à ce monsieur que j'ignorais sa manière de vivre.