—J'ai eu une querelle hier à Tortoni; je me bats demain.

—Vous! lui dis-je d'un air de doute... Et pourquoi vous battez-vous?

—Parce que... parce que... hier on parlait de vous... dans des termes qui m'ont révolté. J'ai traité de lâche l'un de ces messieurs, qui avait jeté sur la table un billet de cinq cents francs en disant: «Voilà la clef de son cœur.» Je lui ai répondu qu'il en avait menti, que son billet me servirait de bourre pour lui casser la tête.

—Mon pauvre ami, je ne veux pas que vous vous battiez, surtout pour moi. Est-ce que j'en vaux la peine?... Il avait le droit de vous dire cela. J'aurais dû vous avouer ce que j'avais été; je jure de ne plus le laisser ignorer à personne. Si vous aviez été prévenu, vous n'auriez pas répondu. Voyons, Léon, je vous en supplie, tâchez d'arranger cette affaire. S'il vous arrivait malheur, à cause de moi, je ne me consolerais jamais.

Je fus en proie à une véritable douleur. Nous passâmes trois heures à pleurer tous les deux. Il me dit qu'il fallait qu'il me quittât pour arranger ses affaires et voir sa mère. Je ne voulais pas le laisser partir, mais il était si résolu, il me paraissait si calme, que je n'osai plus dire un mot.

—Adieu, me dit-il en m'embrassant la main, si je ne suis pas ici à huit heures, c'est que tout sera fini pour moi. Je n'explique pas toujours bien ma pensée, mais je vous aime plus que je ne sais le dire.

Il tira la porte, et je l'entendis courir comme le vent. Je me jetai sur le lit en fondant en larmes.

—Malheureuse que je suis! Oh! je suis maudite! Je porterai malheur à tous ceux qui m'aimeront. Léon! pauvre enfant! on va le tuer!

Se battre pour moi! est-ce que c'est possible? Je ne l'ai pas assez prié de rester... Je suis une méchante femme! Je le traite souvent si mal! Il est bon! Je suis injuste! ingrate!... Oh! s'il revient, je le rendrai si heureux!... Je lui demanderai pardon. Que va-t-il se passer? Je ne puis rester ici... Chaque minute est un siècle!...

Je pris mon chapeau et je descendis quatre à quatre.