Je marchais devant moi si préoccupée, que je ne m'inquiétais pas du chemin que je suivais... J'étais si émue que le souvenir de toutes mes anciennes affections me revenait avec une puissance irrésistible. J'allai chez Marie; je demandai après elle. Le concierge me dit:

—Il y a bien longtemps qu'on a vendu ses meubles; je ne sais pas où elle est.

J'étais trop triste pour trouver place à une nouvelle inquiétude. Je rentrai chez moi espérant qu'il était revenu, que tout était arrangé. Je redescendis vingt fois; j'ouvris ma fenêtre; je passai la nuit à regarder, à écouter: ce fut une torture, un acte de mélodrame qui dura douze heures.

La peur d'être cause de la mort d'un homme m'épouvantait.

Six heures du matin sonnaient. Il me prit un frisson, un tremblement. J'avais passé la nuit; nous étions en octobre. Je crus que c'était un pressentiment, que tout était fini. Je me promenais à grands pas. Je me remis à la fenêtre; j'aperçus un cabriolet qui descendait du faubourg Saint-Honoré. Sans avoir vu la figure de celui qui était dedans, je m'élançai dans l'escalier; j'arrivai à la porte comme le cabriolet s'y arrêtait.

C'était Léon!

Je lui sautai au cou. Il me poussa dans l'allée.

—Folle! il fait froid; vous n'avez qu'un peignoir de mousseline.

Je lui obéis; mais je le tirai à ma suite en lui disant:

—Que je suis heureuse de vous voir! Comme j'ai eu peur!