—Assez!

On nous porta le bouquet et nous rentrâmes couvertes de boue et de gloire.

Je dînai le soir au café Foy avec Léon et ses amis, on parla d'abord de ma culbute, puis on se mit à plaisanter Léon. Il y a toujours une victime dans ces sociétés, et c'est presque toujours celui qui paye.

Il me semblait que ce ridicule qu'on lui jetait déteignait sur moi; je le défendais souvent, et comme j'avais assez de bagout pour leur tenir tête, quand je commençais ils finissaient, parce qu'ils ramassaient toujours quelque chose de désagréable.

Ce soir-là, les têtes étaient échauffées; on voulait être drôle aux dépens de quelqu'un; on avisa Léon. Moi, je n'ai jamais pu discuter; je m'emporte, et les duretés ne m'arrêtent pas.

—Ah! ça, messieurs, voilà bien des fois que nous dînons et soupons ensemble; vous dites toujours la même chose. Si Léon ne paye pas d'esprit, je vous ferai remarquer qu'il paye toujours la carte; s'il fait cette dépense pour apprendre quelque chose, tâchez d'être drôles et d'avoir chaque fois du nouveau, sans cela nous vous changerons.

On se mit à rire; mais on rit jaune.

Celui qui avait l'air le plus piqué, était un grand jeune homme blond, mince, assez joli garçon, portant au cou, en guise de cravate, des rubans qu'il demandait aux femmes en souvenir d'elles, mais en réalité par économie.

Il est à toutes les premières... On le trouve souvent à la porte des cafés en renom; il n'a jamais faim, mais il entre sous prétexte de dire bonsoir pour qu'on l'invite, et mange comme quatre.

Il est commis de bureau; il gagne douze cents francs. Grâce à ce manége, il vit comme s'il avait cent mille livres de rente.