Je sautai de joie; je ne dormis pas de la nuit.
A quatre heures, une jolie voiture à deux chevaux s'arrêta à ma porte. Le cocher vint me dire qu'il était à mes ordres.
Je sortis, et ne voulus rentrer que quand les promenades furent désertes. J'étais si fatiguée que je ne pus dîner. La crainte que l'on ne me vît pas dans le fond de la voiture me fit tenir assise au bord des coussins, la figure au carreau, secouant la tête comme un magot en porcelaine chinoise, tant j'avais peur qu'on ne m'accusât d'être fière.
Le lendemain, même manége; seulement j'avais avancé l'heure de ma promenade, et je fus toute triste de trouver les Champs-Élysées déserts; je ne voulais plus sortir de la voiture. Si le cocher ne m'avait fait observer que ses chevaux avaient faim, je serais restée toute la nuit.
Le surlendemain, toute cette ridicule gloriole était tombée, le bon sens m'était revenu, et je rabattais mon propre caquet en me répétant bien haut et bien souvent à moi-même que toutes ces splendeurs étaient passagères, et que cette voiture, dont j'avais été si fière, ne m'appartenait pas... Un caprice me l'avait donnée... un caprice pouvait me la reprendre.
Je fus plusieurs jours sans voir le chanteur italien, occupé de préparer ses débuts; je n'en étais pas fâchée.
Le langage des œillades et la conversation par interprète n'auraient pas été longtemps sans me fatiguer. Décidément, il valait mieux pour lui qu'il eût le temps de faire des progrès dans la langue française.
Il en est de la Bohême comme des autres pays situés sur la carte du monde: il n'est pas toujours prudent d'y rendre des services.
Je fis de cette vérité, à propos précisément du duc et de B..., une épreuve assez cruelle.
Un jour que je me promenais sur le boulevard du Temple, je vis passer une fille que j'avais connue au théâtre Beaumarchais. Je tirai le cordon de la voiture, et je l'appelai. Comme elle n'avait rien à faire ce jour-là, je l'emmenai dîner.