C'était une fille d'une vingtaine d'années, grande, pas mal faite, jolie, le teint très-coloré; je la savais peu spirituelle, mais je la croyais bonne.
—Eh bien, ma pauvre Joséphine, lui dis-je, quand elle fut assise à côté de moi, qu'as-tu fait depuis que je ne t'ai vue? Es-tu heureuse?
—Non, je pourrais l'être si je voulais, mais je ne le suis pas par bêtise. J'ai une passion qui me mange tout. Ça a commencé par mes robes et a fini par mes meubles. Aujourd'hui, je n'ai plus rien; il ne veut plus me voir; il me dit que je le dégoûte avec mes grands pieds et mes grosses mains.
Le fait est que, sous ce rapport, la nature avait été un peu trop libérale envers elle.
—Ah ça! de qui diable es-tu donc si entichée?
—D'un acteur! Je me suis faite figurante aux Délassements, par amour.
—Eh bien! il faut quitter les Délassements, par raison. Veux-tu entrer à l'Hippodrome, je parlerai pour toi?... Veux-tu rester avec moi? je t'aiderai à oublier ton amour. C'est une stupidité d'aimer un pareil homme!
Nous avions dîné; je l'habillai des pieds à la tête, et je l'emmenai à l'Opéra, voir Robert-le-Diable.
Je la présentai au duc et à ses amis, qui nous conduisirent prendre des glaces au café Anglais.
Joséphine paraissait trouver ce genre de vie fort agréable. Elle s'accrochait à moi et me faisait les plus belles protestations d'amitié.