Il chanta mieux, prétendit que c'était à cause de moi, et ne voulut plus me quitter, sous prétexte que je lui étais indispensable et qu'il voulait me prouver sa reconnaissance. Il donna un grand dîner en mon honneur et à l'occasion de ses débuts.

Le troisième avait réussi tout-à-fait, B... était aux anges: son bonheur l'exaltait.

On ne sait pas à quoi on s'expose quand on s'attire la reconnaissance d'un Italien.

J'avais fait engager Joséphine à l'Hippodrome; nous répétions ensemble. J'apprenais un nouvel exercice. On devait faire conduire des chars romains par des femmes. Nous étions trois qui devions courir: Angèle, Louise et moi.

Je vivais dans une sécurité complète, sans me douter du danger qui me menaçait. Joséphine était un serpent que je réchauffais dans mes cachemires.

Cette chère amie trouva qu'elle était mon obligée depuis trop longtemps, que le moment était venu de me prouver sa gratitude; elle n'imagina rien de mieux que de me supplanter dans les affections du duc.

Elle vint donc un beau matin se faire belle dans ma chambre, avec un châle, et un chapeau qu'elle m'emprunta, et se fit conduire à l'hôtel du duc. Il refusa d'abord de la recevoir; mais elle mit tant de persévérance qu'il y consentit.

Ce qu'elle lui conta, je ne l'ai jamais su. Il avait assez d'esprit pour ne pas me raconter le mot à mot d'un cancan.

Elle rentra chez moi après lui avoir fait promettre le secret. Elle avait sans doute reçu quelques louis pour prix de sa trahison.

Le duc vint me voir à quatre heures... Il me parla beaucoup de l'Opéra et des chanteurs. Je compris que j'avais passé par la langue de quelqu'un.