Je m'étais exaspérée petit à petit. Joséphine ne bougeait pas; elle se croyait sûre de la protection du duc; mais il avait l'esprit juste et le cœur droit.
Les reproches qu'il avait à me faire ne l'empêchèrent pas de comprendre mon indignation contre Joséphine. Me voyant pâle de colère, il me pria de passer dans ma chambre; il fit tous ses efforts pour me calmer, puis, sonnant ma domestique, il lui ordonna de renvoyer Mlle Joséphine, qui ne devait pas rester une minute de plus chez moi.
Quand elle fut partie, il me dit qu'il avait voulu ménager mon amour-propre, qu'il serait toujours mon ami, que si jamais j'avais besoin de lui, je n'avais qu'à lui écrire.
Il m'annonça son départ pour la campagne, sans me dire quand il reviendrait.
Je compris que c'était un congé; j'en avais pris mon parti d'avance, et pourtant je fus triste pendant quelques jours.
Il n'y a si petit lien qui ne se brise avec effort, et en dépit de tous mes beaux projets de philosophie, je ne pouvais quitter sans peine ma vie de bien-être et de luxe pour me trouver de nouveau exposée aux chances de la gêne et de l'imprévu.
Je fus étonnée de voir la voiture venir, le lendemain matin, comme à l'ordinaire. Le cocher me dit qu'on avait payé trois mois d'avance.
Dans mon désastre financier, il devait m'être bien indifférent de garder quelques jours encore ce débris de mes splendeurs passées. J'eus l'enfantillage d'en juger autrement, et le plaisir de courir en voiture m'aida à me consoler plus vite.
Je m'ennuyais seule. J'allais dîner presque tous les jours chez B...; ce n'était assurément pas par gourmandise, je n'ai jamais pu souffrir le macaroni, et c'était le fond de la cuisine; je déteste le fromage, on en mettait partout; mais je trouvais nombreuse compagnie.
On chantait, on faisait de bonne musique.